Cyril Kardassevitch

Interview de
Cyril Kardassevitch, fondateur de iLuac

Nom : Kardassevitch
Prénom : Cyril
Age : 31 ans
Formations : Docteur en sciences informatiques, spécialité synthèse d’images.
Passions : mes deux bambins, cinéma, S.F., BD, 3D ;), rénovation de « vieilles pierres », jeux vidéos, ...


Sites web :
http://www.iluac.com/

 

En août, nous nous avons présenté la première vesion d'Aeliom (1.0.3), une nouvelle technologie Web3d très prometteuse et très originale. A l'occasion de la sortie de la version 1.1.0, Cyril Kardassevitch a accepté de répondre à nos questions. Il nous parle de la création de sa société, iLuac, des principes novateurs de sa technologie, de ses choix techniques et du futur du produit Aeliom.

Société

iLuac est une société jeune qui a été montée dans l'objectif de commercialiser la technologie Aeliom. Comment en arrive-t-on à créer une société ? Quelle sera sa gamme de produit, quel est le type de marché visé par Cyirl Kardassevitch

Jean-Michel Flamant : Quel est l'histoire de la création d'iLuac ?

Cyril Kardassevitch :
iLuaC est née d’une volonté de voir se concrétiser mes travaux de recherche, dans la direction que j’avais choisi. C’est aussi le moyen de créer les logiciels dont je rêve. C’est un bon moyen de concevoir des choses intéressantes.

Je répond donc avant tout à ma passion.

Jean-Michel Flamant : Quel est l'objectif d'aeliom ?

Cyril Kardassevitch :
aeliom tente d’annihiler la frustration que l’on ressent, lorsque, ayant passé quelques heures à façonner un univers incroyable à l’aide d’un logiciel de conception de monde, on doit se contenter de quelques images statiques. Nous voulons offrir à nos utilisateurs l’opportunité de naviguer librement au sein de leurs mondes, de se les approprier pleinement, sans concession sur la qualité visuel du résultat, et avec tout le possibilités d’utilisations nouvelles que cela permet !

Techniquement, aeliom est une plateforme dédiée au rendu et à l’illumination de mondes complexes, ainsi qu’à la navigation au sein de ces univers. aeliom incorpore un langage qui doit servir de fondation à toute une famille de produits. il restera un logiciel gratuit pour le grand public afin de nouer une relation affective solide avec lui. Nous déclinerons par contre une gamme d’outils de conception, basés sur la même technologie.


Voici le monde Alpa, vous ne trouverez ce monde que sur Web3d-fr !
Pour télécharger ce monde, cliquez ici.
Décompressez ensuite les fichiers dans le répertoire
...\iLuaC software\aeliom\Worlds\

Jean-Michel Flamant : Il existe déjà un grand nombre de moteurs 3D et de solutions Web3d sur le marché. Pourquoi en développer une nouvelle ?

Cyril Kardassevitch :
Nous n’avons pas du tout la même philosophie que celle des principaux acteurs de ces marchés. Nous tentons de jeter un pont entre l’univers de la création 3D traditionnelle, celui du Web3D, et celui des loisirs. Parce qu’encore une fois il existe peu de chose dans ce domaine, et que nous pensons que c’est une convergence qui répondra à une attente du public.

Imaginons un peu un soft qui permette de concevoir une monde enchanteur avec aisance, de lui adjoindre quelques règles de fonctionnement, de le partager et pourquoi pas d’y jouer avec d’autres ou simplement de l’échanger comme carte postale en accompagnement d’un email. C’est ce que nous voulons faire d’aeliom !

Nous anticipons aussi la convergence du rendu 3D classique et de la 3D temps réel, en offrant dés maintenant un moteur dont les résultats diffèrent peu de certains rendus pré-calculés.

Jean-Michel Flamant : Quel est le marché visé par iLuac ?

Cyril Kardassevitch :
Essentiellement le grand public et le marché des indépendants. Nous leurs offriront une panoplie d’outils, qui nous l’espérons, répondront à leurs attentes, et dans une gamme de prix adaptés.

Jean-Michel Flamant : Quel sera ses sources de revenu ?

Cyril Kardassevitch :
La vente d’outils d’authoring 3D, et la cession de licence du moteur (iLuSeON).

Jean-Michel Flamant : Liquidation de Cryonetworks, difficultés de nombreux éditeurs, la conjoncture économique est actuellement difficile. Pourquoi se lancer maintenant dans cette aventure ?

Cyril Kardassevitch :
C’est peut être le meilleur moment pour tester un produit, car il y a justement peu de chance de lever des fonds astronomiques. Il faut donc que notre logiciel séduise vraiment et rapidement. Nous sommes donc très à l’écoute de notre public. Cela incite aussi à commencer « petit » et à ne pas mettre la charrue avant les boeufs.

Jean-Michel Flamant : Fin juillet 2002, vous avez sorti la première version du player d'aeliom, quels ont été les retours ?

Cyril Kardassevitch :
Très positifs ! Et bien au delà de nos espérances... Il semble que tous le monde a été bluffé par la qualité graphique de notre moteur. Beaucoup de gens sont surpris par le fait que tout cela soit temps réel, et c’est un des commentaires qui revient le plus souvent. Beaucoup nous ont comparé à un Terragen ou un Bryce temps réel. Sans aller jusque là, nous sommes très flattés par de telles comparaisons ! Notre approche de gratuité pour le logiciel de base (sans concession sur les performances et en laissant la possibilité de créer des mondes) est aussi très appréciée.

Nous sommes aussi ravi de constater que la communauté 3D francophone est très solidaire et accueillante !

Le seul point négatif, est que notre première version souffrait de quelques bugs regrettables liés à la diversité des configurations PC. Nous avons monté un banc de test, et les principales incompatibilités sont maintenant résolues. Du coup, beaucoup de personnes vont découvrir aeliom avec la nouvelle version (1.1.0).



Jean-Michel Flamant : Vous venez de sortir aeliom 1.1.0, qu'apporte la nouvelle version ?

Cyril Kardassevitch :
Tous d’abord plus de stabilité : aeliom 1.1.0 corrige les bugs qui nous ont été signalés sur la version 1.0.3. D’autre part, nous avons ajouté un meilleur support des cartes Radeon (ATI), le support du format de compression sonore Ogg Vorbis (2 fois plus compact, et de meilleur qualité que le MP3), une accélération de 40 % et plus sur GeForce 3 et 4. Finalement trois langues sont disponibles pour l’interface (Français, Anglais, et Espagnol). Voilà pour l’essentiel. Quelques améliorations mineures, comme l’affichage de la scène avant et pendant le rendu, ont aussi été incluses.

Technologie

Aeliom est une technologie très novatrive qui part de concepts qui ne sont pas habituellement employés dans une solution Web3D. Quels sont ces concepts et pourquoi iLuac a-t-il fait ce choix ? Quelle sera les limitations de cette technologie et comment son concepteur compte y remédier ?

Jean-Michel Flamant : Comment faites-vous pour arriver à fournir des scènes aussi grandes si légère (moins de 20 ko pour une scène !!) ?

Cyril Kardassevitch :
Nous faisons appel à des techniques procédurales et fractales, et nous transmettons seulement les commandes de générations des objets par le biais de notre langage. Ce qui permet d’économiser considérablement la bande passante.

Par exemple si un objet est une composition booléenne d’une dizaine de formes basiques lissées par une méthode de subdivision de surfaces, nous ne transmettons que les squelettes qui sont à l’origine de ces formes et les ordres d’opérations booléennes. Le lissage géométrique et les opérations booléennes proprement dites sont réalisés par notre moteur en aval de la navigation. Gain estimé : entre 1000 et 10000 fois moins de ressources !

Pour les matériaux, le procédé est identique, puisque c’est l’équation qui le caractérise (par le biais de shaders) qui sera transmise plutôt que les textures résultantes.

Jean-Michel Flamant : Peut on tout modéliser avec cette méthode ? Peut on réaliser des modèles réalistes ?

Cyril Kardassevitch :
Oui ! RenderMan de Pixar fonctionne de cette manière ! Même si pour eux, la faible consommation en ressources mémoires des modèles procéduraux ne revêt pas un caractère aussi fondamentale que dans notre cas. C’est l’adaptation qualitative naturelle du rendu au support qui les préoccupent en tout premier lieu. Et puis quand vous décrivez un univers de plusieurs centaines de km², il est beaucoup plus aisé de trouver une équation (ou de piocher dans une bibliothèque de shaders), que de déterminer la couleur de tous les texels qui le compose ! A moins (comme c’était le cas jusqu’à présent) que vous admettiez les répétitions de motifs.

Si nous ne disposons pas encore des outils de modélisation adéquat, ce qui ne devrait pas tarder (aeliom forge), les résultats sont très simples à obtenir.

Jean-Michel Flamant : Ce mode de définition des scènes ne permet pas d'afficher des contenus 3D à base de polygones ou de NURBS. Vous vous privez à la fois des contenus 3D existant et des fonctions avancées des modeleurs du marché. Comptez vous intégrer de la 3D "classique" polygonale dans votre moteur ?

Cyril Kardassevitch :
iLuSeON, notre moteur, n’est pas hermétique aux polygones, et les utilise même de manière très conséquente. Mais il est vrai qu’aeliom, si il est construit sur iLuSeON, n’est cependant pas ouvert à la modélisation polygonale.

C’est effectivement, une des demandes qui revient le plus souvent, surtout pour les gens qui veulent licencier le moteur et le langage. Il ne fait donc aucun doute que nous l’intégrerons. Cependant nous voulons que cela se fasse sans remettre en cause notre approche. Cette compatibilité se fondera donc sans doute sur un convertisseur d’un format qui préserve l’historique de la construction d’un objet. Nous sommes en phase de veille technologique dans ce domaine. Une compatibilité plus basique avec des formats géométriques classiques (3DS, Maya) afin de récupérer les squelettes sera aussi incluse. Les avis de vos lecteurs à ce sujet nous intéressent d’ailleurs particulièrement !

Jean-Michel Flamant : Au niveau du moteur de rendu, vous vous êtes appuyé sur openGL 1.3. Pourquoi pas DirectX ?

Cyril Kardassevitch :
C’est à la fois un choix stratégique et affectif. Le coté communautaire de l’ARB d’OpenGL nous convient plus particulièrement. La mise en place d’OpenGL 2.0 par exemple est considérablement instructive. Et même si il résulte parfois de tout ça un joyeux tintamarre, le résultat est toujours à la hauteur de mes espérances. OpenGL est un peu une démocratie, tout le monde (enfin surtout les membres de l’ARB ;) y a le droit de cité, et l’obtention d’un équilibre est en conséquence parfois confus.

OpenGL permet d’intégrer rapidement les évolutions technologiques de tel ou tel constructeur par le biais de ses extensions sans attendre par exemple les nouvelles versions de DirectX.

Nous espérons aussi porter assez rapidement aeliom sur MacOS. Or seul OpenGL offre une telle portabilité.

Finalement la communauté des développeurs OpenGL est très dynamique, et foisonnante.

Jean-Michel Flamant : Les scènes sont calculées à partir de fonctions mathématiques. Est il possible de réaliser des animations avec votre moteur ?

Cyril Kardassevitch :
Avec le moteur (iLuSeON) sans aucun problème. Mais son interface dans sa version actuelle (aeliom 1.1.0) ne le permet pas encore. Nous préférons pour l’instant nous concentrer sur les problèmes de compatibilité, de stabilité et d’optimisation du moteur de rendu. La version 2 intégrera une telle évolution.

Jean-Michel Flamant : Quels sont vos projets futurs ?

Cyril Kardassevitch :
Ajouter de l’interactivité aux mondes d’aeliom (version 2 aussi), inclure de la végétation, améliorer encore la qualité du rendu, inclure SaCHA (notre technologie client/serveur), et sortir la première version de notre outil de conception (aeliom forge).

Il y aura sans aucun doute des associations avec d’autres sociétés autour de produits à venir extrêmement prometteurs. Mais c’est encore un secret ;)

Petite conclusion du rédacteur :
La mise au point d'une nouvelle technologie est toujours une belle aventure. Les concepteurs comme Cyril Kardassevitch qui allient à la fois une technicité de pointe et la volonté d'entreprendre sont trop rares, surtout dans la conjoncture économique actuelle. Vu le résultat de son travail (rendu exceptionnel, fluidité impressionnante et langage qui semble déjà bien abouti), gageons qu'il est sur la voix de la réussite. Web3d+-fr vous tendra au courant des évolutons d'Aeliom. Bon courage et bonne réussite à iLuac !

Allez télécharger Aeliom version 1.1.0

Interview réalisée par Jean-Michel Flamant
Pour le site http://www.Web3d-fr.com
Le 09/09/2002



 

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