Apprendre les langues étrangères
grâce à la réalité virtuelle :
Exills(TM)

Le centre de recherche européen de Xerox nous propose un nouvel outil de scénarisation appliqué à l'apprentissage des langues vivantes sur le Web. Cette solution qui permet de s'entraîner à la compréhension écrite, orale et la production écrite associe deux savoir-faire différents :

  • Les outils linguistiques et collaboratifs de Xerox (qui permettent l'aide à la traduction, la vérification de la langue, l'indexation et la recherche multilingue de document, etc.)
  • La réalité virtuelle : C'est le support qu'a choisi Xerox pour mettre en scène l'utilisateur et l'emmener vers les exercices d'apprentissages.

Nous avons rencontré Thibault Parmentier, qui a participé activement au développement de ce projet. Cet article vous présente les enjeux et les avantages d'utiliser la réalité virtuelle dans l'apprentissage des langues, vous décrit plus précisément le projet et offre à Thibault l'occasion de nous en dire un peu plus sur la génèse du projet et sur les relations qu'il a pu entretenir avec Blaxxun durant le développement.


L'interface d'Exills

Le projet Exills

Jean-Michel Flamant : Pour Xerox, quels sont les enjeux et les objectifs du projet Exills ?

Thibault Parmentier : L'idée sous-jacente à cette réalisation est d'avoir une approche verticale d'un marché, celui de l'enseignement à distance, en utilisant les technologies développées et existantes au centre. L'objectif est de scénariser les technologies de façon attractive afin de les présenter aux professionnels, afin qu'ils puissent mieux juger des bénéfices de ces technologies

Afin de mettre en place ce concept, XRCE a regroupé diverses compétences dont l'association permet non plus d'inventer de nouveaux concepts ou de nouvelles techniques mais de mettre en œuvre ce qui existe afin de montrer concrètement quelles applications pourraient en être faites :

  • L'analyse morphologique permet ainsi la construction des différentes conjugaisons d'un verbe ou la correction d'exercices en ligne.
  • L'identificateur de langue devient un système de modération automatique dans les chats entre apprenants de diverses nationalités !

Bien que travaillant sur le traitement d'images, les processus liés au travail et les différents supports (imprimantes, écrans, mobiles), XRCE a jusqu'à présent principalement développé deux grands types de technologies : les technologies linguistiques et les technologies collaboratives. Étant donné la proximité des domaines du traitement des langues naturelles et de l'enseignement des langues, nous avons donc choisi de nous focaliser sur l'enseignement à distance dans les langues.

L'idée de départ était donc d'une part de trouver un moyen innovant et attractif de montrer ce qui pouvait être fait avec les technologies développées au XRCE et d'autre part d'exploiter réellement le web par rapport aux opportunités qu'il offrait en terme d'apprentissage à distance : personnalisation, accès massif à l'information et interactivité. Nous sommes donc partis sur l'idée de réaliser une plate-forme de démonstration destinée aux apprenants qui servirait de vitrine et permettrait l'intégration des technologies développées ultérieurement.

JMF : Pourquoi utiliser la réalité virtuelle dans une application d'apprentissage des langues ?

TP : Le choix de la réalité ne s'est pas imposé de suite. Bien qu'ayant certains avantages comme celui de présenter un aspect nouveau et innovant et de permettre les interactions entre les apprenants, elle présente aussi certaines lacunes telles que d'être réputée coûteuse en terme de bande passante, gourmande en puissance calcul, complexe pour ce qui est de la prise en main de l'utilisateur ou tout simplement cher à la réalisation. Mais, devant les avantages que présentaient cette solution, l'enthousiasme de Frédéric Le Diberder (consultant sur le projet) et les facilités d'utilisation que Blaxxun nous a faites (prêt de la plate-forme durant le développement et les projets-pilotes), nous avons choisi d'inclure de la réalité virtuelle au sein de l'interface utilisateur.

JMF : quels sont les avantages de la réalité virtuelle dans ce domaine d'application ?

TP :

1 - La mise en situation de l'utilisateur : Le premier intérêt de la réalité virtuelle pour un cours est de mettre les utilisateurs (aussi appelés les apprenants) dans des situations typiques soient parce qu'elles sont semblables à celles rencontrées au cours de leur vie professionnelle soit parce qu'elles représentent une particularité locale (acheter son pain en France, aller boire le café en Italie, Manger des tapas en Espagne).
La réalité virtuelle permet ainsi assez naturellement de mettre en condition l'apprenant à une leçon sans avoir à lui expliquer que devant un ordinateur il va devoir lire ses mails ou que par téléphone, il est possible de commander son repas !

2 - La particularité des verbes de mouvement : La réalité virtuelle permet aussi de mettre en scène de manière vécue des actions de la vie qui son assez difficile à expliquer sans recours à la traduction (citons entre autres les verbes de mouvement qui sont propres à chaque langue)

3 - La rencontre avec les utilisateurs d'une autre langue : L'intérêt d'utiliser une plate-forme multi-utilisateurs est de leur permettre non seulement les interactions apprenant-tuteur mais aussi entre apprenants eux-même. En allant plus loin, il est même possible d'offrir aux apprenants de bon niveau des interactions avec des locuteurs natifs ce qui présente le double avantage de découvrir des correspondants étrangers, mais surtout d'être corrigé par une personne de langue maternelle. Cela réduit le travail du tuteur et donne du poids aux corrections ou conseils prodigués puisqu'ils viennent d'un locuteur natif.

4 - L'aspect ludique : L'intérêt de la réalité virtuelle est aussi de remodeler un cours classique en lui donnant un aspect ludique comme en présente les jeux vidéo ou les jeux de rôle. On apprend en s'amusant ou au moins en se distrayant ce qui permet de faire passer bien des concepts langagiers sans que cela ne ressemble à un cours de grammaire ou de conjugaison : Réviser ses conjugaisons peut devenir une partie de ping-pong entre deux apprenants qui s'interrogent mutuellement en essayant de se coller !

Dans notre exemple de scénario, les apprenants doivent, dans un premier temps, préparer un exposé sur une des technologies issues du centre de recherche européen de Xerox. Ils doivent ensuite le présenter aux autres apprenants lors d'une réunion. Puis, une fois cette étape franchie, ils doivent ensuite partir à la recherche d'un client auquel ils doivent vendre la technologie qu'ils ont présentée lors de leur exposé…

JMF : On parle donc bien de scénario qui va accompagner un apprenant dans un monde virtuel. Sur Exills, lorsque l'apprenant se connecte sur Exills, comment se déroule une session ?

TP : La navigation dans la réalité virtuelle est entièrement libre. Par contre, l'enchaînement des activités a été quelque peu contraint afin que les apprenants suivent plus ou moins l'ordre chronologique des activités décrites ci-dessous :

- Inscription à l'accueil : C'est la première étape. Ce dialogue a un double objectif : pédagogique (le faire rentrer dans le scénario en lui expliquant sa mission) et technique. L'apprenant doit apprendre le principe de fonctionnement du cours : appeler les robots en chat privé et répondre par écrit à leurs questions posées oralement.

- Dialogue avec différents robots : Sur le même principe que l'inscription à l'accueil (par chat privé), les robots sont là pour baliser le parcours de l'apprenant ou évaluer son niveau (via un dialogue concernant des mots croisés).

- Bureau : Cette pièce est propre à chaque apprenant. Il y accède à ses mails ainsi qu'à un téléphone qui lui permet de commander son repas.

- Bibliothèque : Au sein de la bibliothèque, il a accès aux différentes technologies via des livres et peut aussi s'aider d'un ordinateur qui contient des sites Internet de clients potentiels. Il a aussi la possibilité d'enregistrer dans un bloc-note les informations qui lui serviront lors de son exposé.

- Salle de réunion : Cette salle est le lieu où se déroulent les présentations des différents apprenants. Ils sont modérés par le tuteur qui coordonne le déroulement des présentations et valide la pratique langagière des participants.

- Cafétéria et terrasse : Cette dernière pièce recèle des activités plus culturelles ! On trouve des exercices autour de chansons ou bien des descriptions de vignoble français ou de marque de whisky.

JMF : D'un point de vue fonctionnel, quelles sont les possibilités de la plate-forme au niveau apprentissage, correction et enseignement à distance ?

TP :
- Les robots : Les robots et leur script ont été exploités de manière très importante. Bien que le langage de script des robots ne contient pas de variables, il leur est possible d'enchaîner des phrases qui peuvent dépendre des réponses précédentes des apprenants. Par ailleurs, si un dialogue est interrompu, il sera repris à l'endroit où il avait été interrompu.

- Enregistrement pour correction des dialogues : Tous les dialogues réalisés avec des robots ou d'autres apprenants via chat sont enregistrés dans une base de données. Les apprenants ont accès à leur production via le bouton " Historique " ainsi que bien sûr le tuteur qui peut ainsi se rendre compte du travail de chacun des participants et les corriger.

- Forcer l'utilisateur à parler la langue qu'il apprend : C'est un des points majeurs de l'intégration de nos outils de linguistique. Lorsque les apprenants dialoguent soit avec les robots soit dans le chat public, ils doivent le faire dans la langue qu'ils apprennent. Dans le cas contraire, un identificateur de langue qui vérifie la langue pratiquée bloque toutes interactions et affiche un message stipulant que les conversations doivent se faire dans la langue cible.

- Aide à la traduction : Sur chacune des pages HTML (Alt+click) ainsi que via la barre d'outils située entre les scènes 3D et le chat, les utilisateurs peuvent avoir recours à une traduction en contexte du mot qu'ils ont sélectionné. L'outil de traduction (xelda) se sert de la phrase dans laquelle est présente le mot à traduire pour en déduire l'entrée probable du dictionnaire correspondante à la bonne traduction (verbe/nom/adverbe/adjectif).

- Accès à l'information et gestion de l'information : l'Internet permet un accès massif à l'information pour gérer cet accès et permettre une sélection pertinente de celle-ci, les apprenants n'accèdent au web que via un méta-moteur de recherche multi-lingue, Askonce. Les résultats des recherches peuvent ensuite être publié dans Knowledge Pump, un outils de recommandation fonctionnant sur un principe de souscription à un thème ou une communauté. Les documents trouvés et considérés comme intéressants par les utilisateurs sont regourpés par thème formant ainsi naturellement des répertoires thématiques dont apprenants et professeurs peuvent profiter pour faire leurs exposés ou leurs cours.


Les outils linguistiques de Xerox sont intégrés à l'interface de chat

JMF : Passons un peu à la technologie 3D utilisée pour votre projet. Pourquoi avons vous choisi Blaxxun ?

TP : C'est tout simple. Frédéric Le Diberder, consultant pour nous en ce qui concerne la réalité virtuelle nous l'a recommandé comme étant le meilleur compris entre un développement simple et efficace au niveau du serveur et un moteur de rendu de grande qualité. Nous nous sommes donc orienté sur ce choix et d'autant que Blaxxun s'est montré plus qu'intéressé par notre idée et nous a fournit licences et support gracieusement.

JMF : Le projet nécessite une forte intégration de vos technologies linguistiques, les API de Blaxxun étaient-elles adaptées ?

TP : Oui et non ! Les APIs présentent au niveau des robots et du serveur lui-même, nous ont effectivement permis d'intégrer nos technologies. Il nous a malheureusement manqué une API au niveau du pluggin qui nous aurait permis d'intégrer plus finement l'aide à la traduction (Alt-click sur un mot fournit sa traduction en contexte dans toutes les pages html, ce n'est pas le cas dans le chat : l'utilisateur est obligé de passer soit par la commande " ?translate ", soit par la barre d'outil située entre la scène 3D et le chat.

JMF : Quelles difficultés avez-vous rencontré dans le projet ?

TP : A posteriori, tout s'est assez bien passé en ce qui concerne le développement des cours, la partie difficile a été de faire collaborer et se comprendre des personnes venant de divers horizons et avec des objectifs différents (un chef de projet par ailleurs spécialiste de linguistique, un spécialiste de la réalité virtuelle, deux professeurs de langue et un informaticien). Mais c'est aussi ce qui a fait la richesse de l'équipe et de la solution qui est un compromis des différentes sensibilités des membres du groupe.

La plus grande difficulté est maintenant : trouver des partenaires volontaires pour tester notre solution et nous permettre d'évaluer sa qualité et sa pertinence en tant qu'outil d'enseignement des langues.

JMF : Que pensez-vous du support que Blaxxun vous a apporté au cours du projet ?

TP : Nous avons eu un support assez réactif par mail en général sauf lorsqu'il s'est agit de points précis et complexes auxquels cas nous avions des conversations téléphoniques. Je remercie à ce propos Regina Brunk et Detlef Schwier qui ont été nos correspondants et se sont vraiment adaptés à nos besoins et questions.

JMF : Combien de temps vous a pris le montage de ce projet et quels ont été vos partenaires ?

TP : Ce projet a maintenant plus d'un an. Il a été amorcé par Frédérique Segond en ce qui concerne l'étude de marché en février 2001. Le développement des cours et la réflexion sur le scénario a quant à lui débuté en juillet 2001. L'intégration a été finalement assez courte (septembre 2001 - janvier 2002). Les partenaires sont les sociétés Blaxxun que l'on ne présente plus ; Nano-K, un spécialiste grenoblois du graphisme et enfin Objet Direct, une SSII spécialisée dans l'objet et la modélisation pour ce qui est de l'intégration.

 

Merci à Thibault Parmentier d'avoir répondu à nos questions. Nous ne pouvons qu'inciter nos lecteurs à s'inscrire et à visiter le site Exills (le tout est entièrement gratuit), afin de tester cette nouvelle interface d'apprentissage. Cliquez ici.

N'hésitez pas non plus à faire un retour à l'équipe d'Exills sur des idées ou des remarques, des projets liés à l'apprentissage des langues.

Présentation du centre de recherche européen de Xerox (XRCE) :

"Les documents tiennent une place prépondérante au sein des organisations. La façon dont ils sont créés et utilisés influence fondamentalement la productivité des employés. Les travaux menés au sein du Xerox Research Centre Europe (XRCE) ont pour but d'améliorer la productivité sur le lieu de travail, grâce à la mise en oeuvre de nouvelles technologies centrées sur le document.

En tirant parti de la force de la société Xerox dans le monde entier, nous concentrons notre attention sur l'Europe. Nous travaillons avec des organismes européens afin d'étudier leurs besoins et leurs savoir-faire.

Nous collaborons avec la communauté scientifique et industrielle, ainsi qu'avec leurs clients, afin de nous assurer que notre recherche n'est pas seulement innovatrice, mais qu'elle répond également aux besoins du marché. Nos équipes sont composées de chercheurs et de développeurs qui travaillent en étroite collaboration.
La recherche est l'activité première du Xerox Research Centre Europe. Nous établissons des partenariats et collaborons avec de nombreux organismes de recherche européens. Nous travaillons également avec les divisions opérationnelles de Xerox, ainsi qu'avec des clients, afin de mieux comprendre leur stratégie et leurs attentes. Notre seconde activité consiste en un Programme de Développement de Technologies Avancées. Nous créons de nouveaux services autour du document ainsi que des prototypes basés sur nos propres recherches et celles menées par l'ensemble de Xerox. En s'appuyant sur les conseils d'experts, nous développons de nouveaux marchés pour ces technologies.

Notre vision du marché et notre mission regroupent les objectifs suivants :
"La mission du Xerox Research Centre Europe est de concevoir des technologies du document en tenant compte des besoins et des exigences du marché. Il fait sienne une vision de la technologie du document dans laquelle le langage, le lieu du stockage et le médium utilisé (papier, électronique ou autre)n'impose aucune contrainte d'utilisation."

Le Xerox Research Centre Europe se doit de devenir un centre d'excellence dans la compréhension des processus de traitement des documents et des technologies qui permettent de les automatiser. Outre ses propres technologies, le Xerox Research Centre Europe s'appuie sur celles développées par l'ensemble de la communauté de recherche de Xerox aux États-Unis et au Canada, et dispose ainsi d'un programme de développement et les échanges avec nos partenaires européens."


Propos recueillis par Jean-Michel Flamant
Le 28/05/2002
Merci à Thibault Parmentier pour le temps qu'il nous a consacré


 
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